À ma grand-mère Jeanne

Lorsque je suis née, j’avais la chance d’avoir encore trois de mes grands-parents. Ce n’est pas donné à tout le monde. Parmi eux, il y avait Jeanne, ma grand-mère paternelle. Une femme douce et gentille, qui me gardait et m’emmenait très souvent à la grève de Paimpol. Car Jeanne, c’était non seulement une Bretonne, mais surtout une paimpolaise pur jus, et fière de l’être ! Ça, elle était de Paimpol, et certainement pas du bled d’à côté ! Elle savait même parler le breton, étant de cette génération qui a connu le passage à la langue française. Ça a attisé ma curiosité plus d’une fois, mais je ne l’ai jamais entendu le parler, car pour elle, ce n’était plus une langue utile. Jeanne, c’était donc le lien entre une autre époque et la mienne. C’était une femme modeste aussi, qui se contentait de ce qu’elle avait et n’avait pas le goût du luxe. Le seul qu’elle se payait, à part son rendez-vous quotidien avec Julien Lepers pour Questions pour un champion, c’était le coiffeur. Autrement, son appartement était constitué de meubles simples et rustiques, à la bretonne. Sur sa vieille gazinière, je me souviens qu’elle me préparait souvent du poisson avec des pommes de terre au beurre (salé, le beurre, s’il-vous-plaît), plat que l’on déguste souvent en Bretagne, en bord de mer. Dans mes souvenirs, elle aimait aussi, tout comme moi aujourd’hui, aller se promener à pieds, seule.

Je suis moi-même née à Paimpol, et ai hérité de Jeanne en deuxième prénom.

Il y a une semaine, elle est partie à l’âge honorable de 94 ans. Elle aurait soufflé sa 95e bougie ce mois-ci.

Perdre un grand-parent est quelque chose d’étrange : ce n’est pas mon père ou ma mère, donc d’une certaine manière, j’ai du mal à m’autoriser à être endeuillée et triste trop longtemps; mais à la fois, c’est comme si une partie de moi s’en allait. J’ai vingt-quatre ans, et perdre un grand-parent, c’est prendre plusieurs années d’un seul coup, et prendre conscience que l’on est devenu adulte. C’est un peu comme perdre un prolongement de ses parents, une partie de l’héritage culturel et sentimental qu’on nous a légué. Bref, un grand-parent, surtout lorsqu’on l’a connu, c’est tout de suite concret, contrairement aux ancêtres dont l’on a seulement une photo un peu cornée et en noir et blanc, quelques informations et parfois, par miracle, quelques témoignages.

Alors voilà, je ne vais pas m’étendre davantage, je voulais juste rendre hommage à Jeanne, ma grand-mère, une personne au parcours relativement ordinaire, mais qui aura marqué ma vie, que ce soit par toute l’affection qu’elle m’a donné que par sa force de caractère.

Je parle de sa vie, et de celle de mon grand-père (que je n’ai pour le coup pas connu), plus en détails dans cet article.

À Jeanne

Kenavo mamm-gozh*

Grand-mère

Justine ☘

 

* Au revoir grand-mère


2 réflexions sur “À ma grand-mère Jeanne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s