Un curé qui se venge sur un mort

« Un curé qui se venge sur un mort »…ce titre fit la première page du journal « La Fraternité » de ce dimanche 9 janvier 1910.  Et pour cause, en ce début d’année, l’affaire provoqua un tollé dans la petite commune de Paimpol (22). Mais si le curé se vengea sur un mort, les vivants eux se firent bien entendre ! 


Un fait divers bête et tragique

Dans la nuit du 31 décembre 1909, mon aïeul, Pierre Marie Alphonse Le Hégarat, trompé par l’obscurité, tombe dans le bassin à flots de Paimpol et, congestionné, coule à pic. Son corps ne sera retrouvé que le lendemain matin. Il a 43 ans. Capitaine au long cours, il a épousé Clémence Gourio en 1892 et a 2 enfants : Clémence, 14 ans et Pierre, 10 ans. Il est issu d’une famille d’armateurs reconnue et bien établie à Paimpol.

Photo : Paimpol – G. Cromer – 1895

Le motif de la vengeance

Le jour prévu pour ses funérailles, un ami de la famille vient s’enquérir auprès du curé de l’heure prévue pour la levée du corps.
Et là, stupeur ! le curé fait savoir qu’il n’inhumera pas Pierre parce que celui ci a été excommunié jusqu’à la 7 ème génération au motif qu’il a loué un champ qui précédemment appartenait au presbytère; et puis tant qu’on y est, que le fils de Pierre sera privé de communion. Il faut savoir que l’excommunication est la plus grave des peines canoniques, qui exclut Pierre et les siens de la communauté chrétienne et leur interdit de recevoir les sacrements de l’église.

La location de ce champ, méritait-elle une punition aussi grave ?
A mon sens cette décision était aussi motivée par l’appartenance de Pierre aux « Bleus de Bretagne« ,  une association fondée à Paris en 1899 et qui rassemblait des républicains laïcs et anti-cléricaux d’abord dans la capitale puis dans toute la Bretagne.

Il s’étaient fixé deux buts : s’emparer des postes locaux de pouvoir et développer l’esprit républicain dans la sphère sociale; on s’en méfiait un peu car ils se référaient aux valeurs de la révolution française, qui n’avait pas bonne presse. Ils se présentaient aux populations non comme des anti-religieux, mais comme des citoyens respectueux des consciences, engagés dans la vie de la cité. Ils n’avaient  de cesse de promouvoir l’école publique. Rien d’étonnant donc à ce que monsieur le curé ait eu une dent contre mon ancêtre.

Tel est pris…
Mais le plus drôle dans l’histoire c’est que devant tant d’intransigeance de la part du clergé, les populations de Paimpol et alentours se révoltèrent et décidèrent de faire au défunt de grandioses funérailles. Une immense assistance, composée de maires, conseillers municipaux (de Paimpol et d’ailleurs), d’armateurs, de Capitaines au long cours, de « Bleus de Bretagne » de la section paimpolaise et nombre d’amis et de dames de la ville, mena Pierre à sa dernière demeure, comme un beau pied de nez au clergé local !

 
 
Sources : Gallica
abpo.revues.org Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest « Une phalange républicaine dans l’arrondissement de Saint-Malo : les Bleus de Bretagne (1902-1914) » Loïc Thomas

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