Léonor : un breton dans l’enfer de Verdun

1922 – Cimetière de Paimpol

Le 9 juillet 1922, la ville de Paimpol inaugure un monument élevé à la mémoire des Paimpolais morts durant la guerre de 1914-1918. C’est le ministre des travaux publics, M. Le Trocquer en personne qui préside à l’inauguration. Et, parmi tout les noms gravés dans la pierre, celui de mon arrière-grand-oncle, Léonor Le Hégarat, tué à l’ennemi en juillet 1916 devant Verdun à l’âge de 28 ans, comme 130 000 autres bretons morts durant cette guerre.

 1888 – Rue de Croas Hent à Paimpol

Fruit du remariage de son père Alain Le Hégarat avec Angèle Le Roy, Léonor voit le jour le 13 mai 1888 à Paimpol, dans une famille d’Armateurs. C’est le cadet de la famille. Il a 3 frères et une sœur ainsi que 3 demi-sœurs. Ses 3 frères sont capitaines au long cours et Armateurs. Lui, pensant peut-être échapper à un destin de naufrageur, prend la profession de clerc de notaire. Il travaille dans l’étude de Francis Le Vay, notaire à Paimpol. Célibataire, il habite dans la maison familiale avec ses parents, rue de Croas Hent.

1er août 1914 : Ordre de mobilisation générale.

Léonor est rappelé à l’activité et arrive le 02 août 1914 au 13 ème régiment de Hussards en tant que Maréchal des Logis. Promu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire, il est ensuite nommé au 7èmerégiment d’Infanterie en qualité de sous lieutenant le 25 mai 1916.

 Juin 1916 – Verdun

Il ne le sait pas encore, mais Léonor va connaître l’enfer de Verdun. Verdun, qui fut le théâtre du 21 février 1916 au 18 décembre 1918 de sanglantes batailles : 2,3 millions de soldats s’affrontent sans relâche et occupent les tranchées, 50 millions d’obus sont tirés dévastant tout sur leur passage, 300 000 morts, 400 000 blessés, souvent handicapés à vie, la boue, les rats, les poux, le froid, les gaz, la peur, l’odeur de la mort…
Le 24 juin 1916, l’ordre est donné au 7 ème régiment de se tenir prêt à être embarqué pour Verdun. Le lendemain, les bataillons sont enlevés en camions auto en suivant la « voie sacrée »  qui est le nom donné à la route Bar-le-Duc-Verdun. Le 1er bataillon dont fait partie Léonor est dirigé vers le Fort de Souville près duquel il reste en réserve. Le 26 juin, l’ordre est donné de se diriger dans le secteur de  Fleury afin de relever les hommes qui s’y trouvent. La relève s’opère sous un feu d’enfer de mitraille ennemi, de nuit et dans un terrain défoncé où les tranchées n’existent plus, remplacées par des trous d’obus dans lesquels les hommes tentent de se protéger. La relève est finie au petit jour. Les 27 et 28 juillet ce sont des combats sans merci qui opposent le 7 ème régiment aux allemands. Chaque mètre carré gagné est aussitôt repris sous la violence du feu ennemi. Le terrain est complètement retourné, malaxé, la pluie ne cessant de tomber. Le canon tonne toute la nuit. Les hommes ont faim et soif vu que le ravitaillement est quasiment impossible. Enfin, le bataillon de Léonor est relevé, il va pouvoir reprendre des forces…

Juillet 1916 – Verdun

D’après les déclarations d’un déserteur allemand, l’ennemi prévoit une grosse attaque sur le Fort de Souville le 11 juillet 1916. Aussitôt le 1er bataillon est alerté et envoyé en renfort dans la nuit du 10 au 11 juillet aux environs du Fort. Les compagnies exécutent de mauvais gré cet ordre tant la violence du feu est grande. Le 11 juillet, à 8 heures du matin, la compagnie Le Hégarat (9ème Compagnie) dirigée par Léonor est envoyée au côté du 3 ème Bataillon avec ordre de se placer au dépôt près d’un tunnel avec la 10 ème compagnie. L’ennemi lance des quantités d’obus lacrymogènes, mitraille à tout va…la  9ème compagnie résiste héroïquement aux assauts de l’ennemi entre les ruines de Fleury et la chapelle Saint Fine, beaucoup d’hommes tombent…
Est-ce une balle ou un obus qui a tué Léonor ? Je ne le sais pas, je sais juste qu’il est mort là, à la tête de sa compagnie, entre les ruines de Fleury et la chapelle Saint Fine, devant Verdun, le 12 juillet 1916.

Pour l’anecdote, Léonor n’aura pas eu de chance jusqu’au bout ! En effet, le sculpteur qui a gravé les noms sur le monument aux morts s’est trompé en gravant son prénom. De Léonor il est devenu Léonce Le Hégarat… j’avoue que cela me chagrine un peu !

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3 réflexions sur “Léonor : un breton dans l’enfer de Verdun

  1. Merci pour cet article, Léonor Le Hégarat semble être l'arrière petit cousin du père de mon arrière grand-mère Marie Joseph Le Hégarat. Ils semblent descendre de Pierre Le Hégarat né en 1747 à Plouézec et qui était matelot.

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  2. Merci pour votre commentaire ! oui, effectivement, sur généanet une personne a fait des recherches sur les Le Hégarat et Léonor descend bien de Pierre Le Hégarat. Ils étaient effectivement de Plouézec. Vous avez fait des recherches généalogiques sur la famille ?

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