Enfance paimpolaise

Ce week-end, chez ma maman, j’ai eu la très bonne surprise de tomber sur un cahier qui appartenait à mon papa et dans lequel il évoque la vie de son père, Charles Quemper, né en 1900 à Paimpol (22). Je vous livre ici ses écrits que j’ai un peu remanié et qui m’ont permis de connaître un peu mieux mes ancêtres paimpolais.
 
Sur le port de Paimpol, à la terrasse du Café des Islandais, c’est l’heure de la « fée verte ». Les armateurs, après avoir arpenté les quais toute la matinée se retrouvent là. Le silence est de rigueur quand l’eau coule dans la cuillère à trou, imbibant le sucre qui coule sur l’absinthe. Un seul mot d’ordre : ne surtout pas les déranger ! 
Le grand-père de Charles, Alain Le Hégarat, fait partie de ces privilégiés; ce sont eux les maîtres de la ville, ces armateurs qui depuis la terrasse du café contemplent leur puissance : 100 goélettes amarrées dans le bassin du port de Paimpol et armées pour la pêche à la Morue en Islande. Tout le monde doit leur obéir; une seule pensée, un seul sujet de discussion : le prix de la morue. Alain Le Hégarat, armateur, est aussi conseiller municipal. 
Charles, du haut de ses 10 ans, fixe son grand-père qui n’est ni gentil ni méchant avec lui, pas plus qu’il ne l’est avec ses 4 garçons et ses 4 filles, dont Aline, la mère de Charles. L’enfant saute d’un pied sur l’autre ! aura-t-il sa petite pièce d’argent aujourd’hui ? Eh bien non, son grand-père jette quelques pièces pour payer sa consommation, puis lui tapote la joue sans lui donner la moindre pièce; déçu, l’enfant s’en va vers les goélettes, son terrain de jeu favori; il saute de l’une à l’autre pour traverser le port.
 
Aline Le Hégarat, la maman de Charles
 
 
C’est l’heure de rentrer manger. Toute la famille habite la maison de l’armateur, rue de Croas Hent. C’est une grande maison de granit rose; 3 bonnes y officient et font le service dans le silence imposé par le maître de la maison. Horreur ! c’est encore de la morue au menu, plat le moins cher qui vient de la pêche des bateaux d’Islande. L’armateur, qui est le plus âgé, mange un plat différent. 
Lui seul a le droit de boire du vin de Bordeaux tandis que les autres doivent se contenter de morueet de cidre; c’est comme ça et personne ne bronche. Et tandis qu’il se fait couper une tranche parcimonieuse du melon qui trône sous cloche sur le rebord de la cheminée, les autres, encore, se contentent de riz au lait. « Quand je serais grand, je m’achèterai du melon pour moi tout seul et j’en mangerai tout les jours » pense Charles son petit fils.
Comme à son habitude, Alain, le fils ainé de l’armateur a quitté la table plus tôt pour aller rejoindre ses amis et enfin déguster un verre de vin au café ! le cidre, très peu pour lui…mais son amour du vin devait lui couter la vie puisqu’il tomba entre le quai et son bateau et mourut d’une congestion en 1930.
 
D’ailleurs la vie des 3 autres fils de l’armateur furent marqués par le destin. Louis et Paul (le jumeau d’Alice pour ceux qui ont lu ma lettre J du challenge AZ) périrent dans les eaux tumultueuses d’Islande. Quand au petit dernier, Léonor, il se fit clerc de notaire et mourut à Verdun en 1916 lors de la guerre de 1914-18.
 
Par la suite mon grand-père, Charles, monta à Paris puis revint du côté de Paimpol pour ses vieux jours; et c’est vrai qu’il aimait beaucoup le melon…mais détesta la morue toute sa vie !
 

A mon papa, Alain Quemper…
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s