#ChallengeAZ : K comme…Khenifra

Je vais vous parler de Charles Quemper, ce grand-père fantasque, né à Paimpol (22) en 1900; un drôle d’indien qui pour le coup en avait un de tatoué sur le ventre (d’indien) ! un immense buste de chef sioux de profil et en couleur avec ses grandes plumes autour du visage ainsi que des bracelets tatoués aux poignets !
Un « drôle d’indien »
Charles adorait me raconter des histoires. Il y en avait une que j’adorais et qu’il appelait « Le serpent de Khenifra » ; il en avait des tas d’autres mais le nom de Khenifra me semblait joli, exotique et ses aventures dans le désert où il se retrouvait nez à nez avec un serpent étaient passionnantes…
Et puis voilà, j’ai grandi, mon drôle d’indien est mort…plus tard j’ai commencé ma généalogie et j’ai voulu en savoir plus sur mon grand-père ; en accédant à sa fiche sur les registres matricules militaires je n’ai pas été déçue..j’ai enfin compris que Khenifra existait réellement et se trouvait au Maroc et pourquoi mon grand-père s’y trouvait à Khenifra ; et la raison n’est pas très…romanesque !
Né en 1900, Charles avait été appelé à l’activité militaire en 1920 au 2èmeBataillon d’infanterie légère d’Afrique (BILA). J’ai découvert que l’on surnommait les bataillons d’afrique les « Bat d’Af »,  « Joyeux », ou encore « biribi »  et que ceux qui y étaient appelés avaient un casier judiciaire et avaient effectué au moins 3 mois de prison. Les « Bat d’Af » étaient des unités de l’armée de terre française.

 

Plus que des unités disciplinaires, il s’agissait de corps d’épreuve, éprouvés par toutes les fatigues et toutes les misères des actions de guerre ou de pacification auxquelles on les soumettait. Ce n’était pas un bataillon de tendres, plutôt des durs à cuire, des fortes têtes à mater.
 
Charles a atterri là parce qu’à l’âge de 18 ans il avait fait 2 ans de prison pour vol à Bordeaux; et aussi d’autres petits larcins sur lesquels je ne m’étendrais pas sinon mon article prendrait trop de place !

 

N’ayant pas rejoint son port d’embarquement, ni son corps dans les délais légaux, Charles a été déclaré insoumis en 1920. Après moults pérégrinations, il a fini par incorporer son corps (2èmeBataillon d’infanterie légère d’Afrique) en 1921. Puis il a été affecté à la section spéciale en 1922.

La Campagne du Maroc

 

Charles a participé à la campagne de guerre du Maroc entre 1921 et 1923 ; il était basé à Khenifra, la « ville rouge », ou « Khénifra la zaïane », bâtie sur le dir entre plateau central et Moyen Atlas (ancien Jbel Fazaz). 

 
La campagne du Maroc, aussi appelée « pacification » était une conquête militaire et politique française amorcée sous le général Lyautey et qui avait pour but de combattre les tribus berbères insoumises, après l’établissement du protectorat français sur le Maroc en 1912. Parallèlement, un protectorat espagnol fut instauré au Maroc sur la base d’une convention franco-espagnole.
De capitale berbère, Khénifra deviendra à partir de 1921, pendant quatre ans, une place-forte assiégée. En effet, en 1921, les tribus rifaines de la chaîne de montagnes du nord du Maroc se soulèvent contre le protectorat espagnol au Maroc et remportent plusieurs victoires spectaculaires en particulier à Anoual. Après une période de neutralité, la France rejoint l’Espagne pour lutter contre la République du Rif.

 


Puis, des campements militaires y ayant été édifiés dans l’intervalle, avec l’effritement de la résistance zaïane, comme tant d’autres places du Maroc colonial, Khenifra deviendra ville-garnison et restera comme telle jusqu’à la fin du Protectorat.
 
Le retour à la souveraineté du Maroc fut officiellement reconnu par l’Espagne près d’un mois après la France, le 7 avril 1956.

 
Bande de tatoués !
Les hommes envoyés dans ces unités avaient tendance à se faire tatouer, à l’image de tous les soldats enrôlés dans les compagnies disciplinaires. L’indien a t-il pris place sur le ventre de mon grand-père à cette époque là ? les motifs des « Bat d’Af » étaient différents (phrases graveleuses, papillons, raisin, femmes nues, etc);  je me demande plutôt si il ne s’est pas faire son tatouage d’indien plus tard pour cacher un tatouage pas terrible fait durant son séjour au Bat d’Af.
 
De ses années 2 de « pacification », Charles est revenu avec le tendon du majeur sectionné et le Palu.

Alors, bien sûr, ce grand-père n’était pas très catholique mais il m’a fait rêver avec ses histoires de baroudeur , et 32 ans après j’en garde toujours un souvenir très vivant…

Sources

M. Peyron, « Khénifra », in Encyclopédie berbère, 27 | Kairouan – Kifan Bel-Ghomari [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 13 juin 2016. URL : http://encyclopedieberbere.revues.org/1355
Wikipedia
Mauvais garçons, portraits de tatoués (La Manufacture de livres, juin 2013) Jérôme Pierrat et Eric Guillon.
Gallica
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Une réflexion sur “#ChallengeAZ : K comme…Khenifra

  1. C'est un billet très intéressant. En écho il y a le récit d'Albert Londres intitulé Biribi ou Dante n'avait pas tout vu et qui recueille les témoignages des soldats – poignant ! Mais sans doute le connaissez-vous…

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