#ChallengeAZ : C comme…Cigarière à Morlaix

« Surtout ne pas se tromper, sous peine de devoir recommencer… » Marie-Yvonne OLIVIER se concentre sur le cigare qu’elle est en train de confectionner.
L’ouvrière vérificatrice ne laissera rien passer, son œil aguerri verra tout de suite le moindre défaut sur le cigare. Si le cigare est trop lourd, trop léger ou trop gros, Marie-Yvonne devra le refaire et cela sans rémunération. Elle est payée à la journée et son salaire diminue si les cigares ne sont pas bien faits.
C’est la loi à la manufacture des tabacs de Morlaix où elle est cigarière depuis de nombreuses années.

Elle sait qu’elle a de la chance car elle a une place fixe, et un salaire plus élevé que la moyenne. En 1889, à 42 ans elle a la charge de 4 enfants depuis que son époux, menuisier de son état, est décédé en 1880. Elle n’a donc pas le choix ! elle doit subvenir aux besoins de sa famille.

 
Elle a été embauchée car elle parle le français, qualité indispensable pour avoir ce poste; et elle est tombée au bon moment, puisque depuis 1850, les femmes ont intégré l’entreprise. Mais le travail est pénible : la poussière, la chaleur et la promiscuité avec les 500 autres ouvrières sont difficiles à supporter et, elle le sait, elle n’évoluera pas dans sa carrière; seuls les hommes passés par Polytechnique peuvent prétendre à un poste de haut fonctionnaire dans la « Manu » comme on l’appelle familièrement. Elle, elle n’est qu’une simple ouvrière.
 
 

 
 
Et encore ça pourrait être bien pire…ses prédécesseurs à ce poste ont du effectuer toutes les opérations manuellement. Jusqu’aux années 1860, le filage, le rôlage et le carottage requiéraient l’emploi de rouet et de presses à bras.
Heureusement, entre 1861 et 1864, la construction du viaduc de Morlaix a facilité l’approvisionnement par le rail des appareils mécaniques. Puis, quatre grands chantiers de construction menés entre 1867 et 1872 ont permis la mise en place des installations de force motrice à la vapeur, la construction de nouveaux ateliers et la création de la salle de râpage mécanisée de la poudre.
 
Marie-Yvonne est-elle décédée à l’âge de 48 ans de la phtisie pulmonaire qui se propageait dans la manufacture des tabacs par manque de ventilation et d’hygiène ? Je l’ignore…mais en tout cas elle laisse 4 orphelins dont un qui fera l’objet de ma lettre « E ».
 
La Manu a fermé en 1995 suite à un incendie qui a endommagé gravement la toiture et une des ailes. En 1997, Les bâtiments du XVIIIèsiècle, la salle de râpage du tabac, les salles de cases du râpé et la « Cathédrale » on été  classés Monuments Historiques.
À la demande des collectivités locales et de l’État, la CCI a acquis le site en 2001 auprès d’Altadis (ex-Seita).

Depuis les travaux d’allotissement et de réseaux ont permis d’y accueillir ou d’y envisager les fonctions  diverses suivantes : un pôle d’enseignement avec deux IUT, un pôle culturel avec un musée des arts et industrie du tabac, un pôle économique avec des activités tertiaires et  une pépinière d’entreprises, des ateliers d’artistes et des logements.


Texte : Agnès Quemper  

 

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7 réflexions sur “#ChallengeAZ : C comme…Cigarière à Morlaix

  1. Je penserai à toutes ces cigarières dont l’histoire est émouvante lorsque j’aurai l’occasion d’aller à la manufacture des tabacs devenue l’Université Lyon3 ou à Marseille où sont les Archives Municipales. Ces bâtiments sont superbes actuellement, mais il est important d’en rappeler l’histoire.

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