Du druidisme à Jésus : Les croyances en Bretagne

Photo : © Alain Quemper
« Chaque pays a sa folie, notre Bretagne les a toutes. »
Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique, 1799
 
 
La Bretagne est une terre de mythes et de légendes, fortement imprégnée depuis des siècles par les anciennes croyances païennes et le catholicisme.
En effet, vous ne pourrez traverser un bourg breton sans apercevoir une église ou une croix au détour d’un chemin, mais vous pourrez aussi visiter Carnac et ses célèbres dolmens, ou encore la forêt de Brocéliande, réputée pour être magique et abriter le tombeau de Merlin !
Cette culture riche en spiritualité donne lieu a des coutumes, des légendes voire des superstitions, parfois bien imprégnées encore aujourd’hui.
Mélange de cultures
Les pardons sont une belle expression de cette double culture.
Evénements particuliers et propres à la région, les pardons, fêtes mêlant religieux et profane, sont perpétrés depuis plus de 2000 ans et ont lieu chaque année en Bretagne.
Ils se sont particulièrement développés au XVème siècle avec la construction d’églises et de chapelles.
Célébrés en grands rassemblements autour d’un édifice religieux, on y commémore la création du sanctuaire en participant d’abord à des messes solennelles, généralement en plein air, puis à des processions, pendant lesquelles on défile avec des bannières, des croix, des statues religieuses…
Au fil du temps, le pardon est également devenu l’occasion de se faire pardonner ses fautes et péchés, de rechercher des « indulgences » en invoquant des saints proches du peuple, d’où l’expression « demander pardon ».
Sont aussi perpétués des rites d’origine celtique des quatre éléments fondateurs de la vie : l’eau, avec des ablutions aux fontaines; le feu, avec l’allumage d’un bûcher appelé « tantad » (feu père); l’air, avec la procession et le salut des bannières; et enfin la terre, avec une triple circumambulation (pratique religieuse qui consiste à faire le tour d’un édifice, d’une personne…) autour du sanctuaire.
Enfin, le pardon est aussi une occasion de faire la fête, comme à celui de Moncontour, dans les Côtes-d’Armor, où l’on y chante et danse.
Procession du pardon de la Saint-Jean, Finistère, 1916
Un Saint-Jacques-de-Compostelle armoricain?
En Bretagne a également lieu chaque été un pèlerinage, le Tro Breiz (Tour de Bretagne), qui passe par les villes des Sept Saints Fondateurs de Bretagne (les sept saints fondateurs du christianisme en Bretagne). Né au Moyen-Âge, il se déroulait à l’origine sur un mois et sur 600km, et on allait prier devant les reliques des saints dans chacune de leur ville. Aujourd’hui, on le fait en 5 jours, et il s’étend sur 150km.
Une vieille légende bretonne prétendait que ceux qui n’auraient pas effectué le Tro Breiz de leur vivant seraient condamnés à le faire dans l’Au-delà, en avançant chaque siècle seulement de la longueur de leur cercueil… En effet, tout Breton devait effectuer son Tro Breiz pour gagner le paradis.
La mort : une familiarité pour les Bretons d’antan
Au début du XIXème siècle, la mort est très présente en Bretagne, et les Bretons entretiennent un rapport particulier avec la mort. En effet, les paroissiens vont méditer dans les ossuaires sans problèmes. Pourquoi cette proximité?
Eh bien déjà parce qu’à cette époque, le taux de mortalité demeure très élevé, plus que dans le reste de la France, l’état sanitaire de la région étant catastrophique.
La Bretagne étant une région très pieuse, voire superstitieuse sur les bords, les habitants acceptaient leur sort sans broncher, mettant cela sur le compte de la volonté de Dieu, et assistaient à la mort des leurs sans réagir. Cela a engendré une notion de normalité absolue de la mort, et les médecins devaient faire face à un fatalisme ambiant.
Une Quimpéroise aurait d’ailleurs répondu à ceux qui lui disaient qu’elle puisait une eau impropre : « Voyez-vous, mes bons messieurs, c’est le bon Dieu qui nous fait mourir, c’est pas l’eau ! »
Cette familiarité pourrait aussi venir de l’ancienne culture celtique, qui considérait la mort non pas comme une fin, mais comme le commencement d’une vie nouvelle. En effet, le druidisme croyait en la réincarnation et au mouvement cyclique de la vie. A cela est venu s’ajouter la religion chrétienne qui, soucieuse d’effacer les anciens rites païens, est probablement à l’origine des fameuses Légendes de la Mort (ça donne envie, non?).
Les légendes de la Mort : L’Ankou et compagnie
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Ces légendes sont d’ailleurs toujours bien présentes en Bretagne. C’est le cas notamment de celle de l’Ankou, que les Bretons craignaient par dessus-tout.
Dans les légendes bretonnes, l’Ankou est comme une personnification, c’est l’ouvrier de la mort, celui qui fait passer les âmes des défunts dans l’autre monde.
Il serait un héritage de la mythologie celtique, le dieu qui contrôle le cycle de la vie.
L’Ankou est décrit comme un squelette, ou un vieil homme maigrelet, vêtu tantôt de noir ou d’un linceul, et qui rôde la nuit debout sur sa charette à deux chevaux, fauchant les âmes de tout ceux qu’il croise sur son passage. On dit que celui qui verrait l’Ankou, ou entendrait les grincement macabres de son char, n’en aurait plus pour longtemps à vivre ou perdrait un proche dans l’année qui vient. Et en bord de mer, pas de soucis, la charette de la mort est simplement troquée contre une barque !
Selon la légende, dans chaque paroisse, le dernier mort de l’année devient l’Ankou de cette paroisse pour l’année suivante.
Bref, si vous voulez effrayer vos amis un soir d’Halloween, pensez à cette petite histoire !
L’Ankou est directement lié à Samain, fête celtique célébrée le 1er Novembre et qui symbolise le temps pendant lequel le monde humain s’ouvre à l’Autre Monde, celui des dieux et des esprits.
Chez les anciens celtes, c’était un moment hors du temps, symbolisant à la fois la mort et la renaissance, et marquant aussi le début de la nouvelle année celtique, lien entre « saison claire » et « saison sombre« .
Samain est également à l’origine de notre célèbre fête d’Halloween !
Le petit peuple des bois
 
Statuette de korrigan harpeur
 
Les Légendes de la Mort ne sont pas les seules légendes présentes en Armorique.
En effet, la Bretagne, influencée par la culture celtique, regorge de légendes féeriques, dont celles des korrigans. Sortes de lutins de petite taille et d’allure humaine, ils sont très connus dans la région. On les décrit comme possédant une grosse tête toute laide et toute ridée, chapeautée d’un nez long, et portant un chapeau à ruban de velours. Fêtards invétérés, on dit que les korrigans pourraient bien être à l’origine des dolmens, car ils adorent y festoyer. Peu actifs en hiver, ils se cachent sous terre ou au creux des arbres, dans les buissons ou encore les greniers; mais lorsque les beaux jours reviennent, ils deviennent familiers et farceurs, s’amusant à effrayer l’habitant.
Espiègles, ce ne sont pourtant pas des êtres méchants; ils jouent simplement des mauvais tours à ceux qui leur manquent de respect. A l’inverse, ils peuvent faire preuve d’une grande bienveillance, et même rendre service à ceux qui les respectent.
On dit par exemple que les soirs de lune rousse, ils iraient fleurir les tombes des marins morts en mer…
Selon la légende, on ne peut les voir danser qu’au clair de lune, car depuis la venue du christianisme, ils doivent rester cachés.
 
Sources :
 

 

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