Le naufrage du cargo MALAKOFF

Le 2 janvier 1929, le cargo MALAKOFF, navire marchand battant pavillon français, sombre sur la côte sud ouest de l’île de Minorque avec 36 personnes à son bord : 34 membres d’équipage et 2 passagers.
Seuls 9 survivront au naufrage.
Ce navire était immatriculé à Rouen et appartenait à la «Société Auxiliaire des Chargeurs Français». Le cargo était commandé par le capitaine Louis Narcisse QUEMPER (mon arrière grand-oncle), un paimpolais de 53 ans. Son épouse, Marguerite QUEMPER née PHILIPPE se trouvait également à bord.
Parti du port belge d’Anvers, le MALAKOFF devait rallier Tamatave à Madagascar en passant par le Détroit de Gibraltar puis en poursuivant par le Canal de Suez. Le navire était chargé de ciment, d’acier, de matériaux de construction, de porcelaines et de tuiles. Il avait fait escale au Havre où il avait embarqué sur son pont le voilier de course NAMOUSSA. Ce voilier de 8 mètres jouera un grand rôle dans la suite de cette histoire.
Le MALAKOFF a ensuite fait une escale à Alger avant de poursuivre sa route vers Marseille, et c’est là que s’est passé le tragique événement…

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE

Le 31 décembre 1928, le MALAKOFF appareille de la ville d’Alger direction Marseille.
Le 2 janvier 1929, le navire essuie une énorme tempête avant de se retrouver dans la soirée dans une brume très dense aux abords des îles Baléares. Vu les conditions météorologiques, le capitaine QUEMPER demeure sur la passerelle et fait renforcer le service de veille. Le MALAKOFF navigue dans une nuit d’encre et un épais brouillard et n’a apparemment pas vu la lumière du phare d’Artrutx situé sur la côte sud ouest de l’île de Minorque. La majorité de l’équipage dort vu l’heure tardive.
Il est 11 heures du soir lorsque le navire heurte quelque chose (épave ou rocher?). Le commandant fait arrêter les machines et fait sonder les cales; mais l’avant du bateau s’enfonce très rapidement et il n’y a aucun moyen de le tenir à flot. Dès lors l’équipage est réuni sur le pont et mis aux «postes d’abandon». L’opérateur de T.S.F, Vallet, envoie des appels de détresse. On commence à mettre les baleinières à l’eau mais le bateau coule si vite (en tout il mettra 7 minutes à couler entièrement) qu’on a juste le temps de couper les amarres des embarcations pour qu’elles puissent flotter après l’immersion du bâtiment. Les marins se retrouvent dans l’eau glacée.

LES SURVIVANTS

Un premier groupe de 5 marins et 1 officier, le lieutenant Legriguer ont réussi à s’accrocher à la quille d’une embarcation retournée après avoir passé une heure dans l’eau; un peu plus tard une embarcation vide est passée près d’eux et ils ont réussi après de nombreux efforts à monter dedans. Puis ils ont vu la lueur du phare d’Artrutx et se sont mis à crier pour obtenir de l’aide; les gardiens du phare ont entendu leurs appels désespérés et les ont aidé à atteindre la terre. Les survivants ont été transportés dans le vapeur «Citadelle» pour Palma de Majorque avant d’être rapatriés en France.(article de presse).
Un autre groupe constitué de 4 marins, l’officier mécanicien François LE BOLLOCH ainsi que Joseph LE BIDEAU, Richard LEGENDRE et un matelot malgache nommé MANGUA ont réussi à monter dans le voilier Namoussa qui dérivait sur l’eau. Le bateau avait une forte déchirure sur sa coque, l’eau envahissait le bateau; Ils passèrent 6 jours et 6 nuits à dériver, se relayant pour écoper l’eau qui envahissait le voilier avec les moyens du bord sans eau et sans vivres. Au 3ème jour ils doivent affronter une mer déchaînée; au 4ème jour le matelot MANGUA  le plus épuisé de tous tombe à l’eau et ne peut attraper le cordage que lui lancent ses camarades. Il disparaît dans les flots.
Heureusement au bout de 6 jours ils croisent la route du vapeur «Ville-de-Paris» qui les recueille et les ramène à Marseille le 10 janvier.

NAMOUSSA MÉDAILLÉ OLYMPIQUE ET HÉROS MALGRÉ LUI…

Le voilier Namoussa qui a permis à ces 3 marins de survivre au naufrage était un voilier de course de 8 mètres qui appartenait à monsieur Louis BREGUET. Comme dit plus haut ce voilier avait été chargé sur le pont du MALAKOFF lors de son escale au Havre par les soins des chantiers de la Hève et devait être débarqué à Marseille pour participer à des régates en méditerrannée. Louis Charles BREGUET (Paris 02/01/1880 – St Germain-en-Laye 04/05/1955) le propriétaire du Namoussa était un constructeur d’avions français et l’un des fondateur de la compagnie «Air France». Il avait remporté une médaille de bronze aux jeux olympiques d’été de 1924 en tant que barreur de Namoussa. Bien que ces jeux olympiques se déroulaient à Paris, les régates des 8 mètres JI à la jauge internationale ont eu lieu elles du 21 au 26 juillet sur les côtes du Havre.
Dans la «Revue des vivants» (directeurs Henri DE JOUVENEL – Henri MALHERBE) parue en janvier 1929, Georges Philippe rend hommage au  Namoussa, navire courage.

LES DISPARUS

Le capitaine Louis Narcisse QUEMPER né à Paimpol le 02 août 1875, fils de Narcisse QUEMPER, piqueur de pierre et de Marguerite Olympe LAMY commerçante, était très connu dans le monde maritime et était réputé comme un excellent officier. Il avait reçu la légion d’honneur en 1921 pour avoir courageusement sauvé son bateau vapeur «LA PEROUSE» attaqué 2 fois à la torpille en 1917.
L’épouse du capitaine Marguerite QUEMPER née PHILIPPE, a vu le jour à Kérity le 31 août 1881. Fille de Yves-Marie PHILIPPE, Maître au cabotage, et de Marie-Gillette LE ROY, commerçante elle accompagnait son mari et devait descendre à l’escale de Marseille pour rejoindre ses fils scolarisés au lycée de Brest.
Le couple marié à Paimpol le 29 juin 1904 avait 3 fils : Louis Yves QUEMPER né en 1905 à Paimpol, Maurice QUEMPER né en 1907 à Paimpol et Yves Joseph QUEMPER né en 1912 à Paimpol. Dans un courrier adressé à ses amis Marguerite QUEMPER annonçait son retour pour le 6 janvier.

Les autres disparus : 

Pierre NOURY, second capitaine inscrit à Saint-Malo
Paul BONNET, lieutenant, inscrit à Marseille
Emile MARETTE, chef mécanicien, inscrit à Marseille
François LE RALEC, premier chauffeur, inscrit à Tréguier
Henri VALLET, radiotélégraphiste, inscrit au Havre
Georges BUTAULT, charpentier, inscrit à Cancale
Hyacinthe AUTRET, matelot, inscrit à Lannion
J. PORCHIC, matelot, inscrit à Audierne
François LE GLAS, matelot, inscrit à Lannion
Jean SIMON, matelot léger, inscrit à Tréguier
Laurent OLIVIER, matelot, inscrit à Morlaix
Louis JOINTER, matelot, inscrit à Camaret
Henri MERRIEN, mousse, inscrit au Havre
Pierre OLLIVIER, novice, inscrit à Paimpol
Jean BEAUFILS, cuisinier, inscrit à Dunkerque
E. GASNIER, chauffeur, inscrit à Saint-Malo
Henri NADAM, chauffeur, inscrit à Brest
Pacifique LE MONS, chauffeur, inscrit à Lannion
Maurice MELLER, chauffeur, inscrit à Dunkerque
François LE MEUR, chauffeur, inscrit à Lannion
Paul PAGANELLI, soutier, inscrit à Ajaccio
Louis ASSINEAU, soutier, inscrit à La Rochelle
François LE FRIEC, chauffeur, inscrit à Paimpol
François BRETON, matelot, inscrit à Concarneau
Henriette MARETTE, née Toubas, passagère
En tout 27 personnes périrent lors du naufrage du MALAKOFF.
Le 30 janvier 1929, un service solennel fut célébré à l’église Notre-Dame du Havre, à la mémoire des victimes.
Au mois d’avril 1929, Monsieur CARABIN, conseiller municipal de la ville d’Alger, propose au Conseil municipal de voter un secours de 1 000 francs en faveur des familles des victimes. Monsieur Alphonse RAFFI, alors maire d’Alger, propose d’autre part au conseil de décider le prélèvement de la somme nécéssaire sur l’article  163 du budget primitif de l’exercice courant et de décider que la somme allouée sera versée entre les mains du directeur de l’Agence d’Alger de la compagnie des «Affreteurs Français» à laquelle appartenait l’unité disparue.
Nous ne connaîtrons jamais exactement les causes du naufrage du MALAKOFF; on peut supposer que le brouillard très épais qui régnait ce soir là en est la cause principale…combiné à la nuit. Bien que le phare d’Artrutx signale le danger aux bateaux, il n’y eu pas moins de 70 naufrages au XXème siècle, sur les côtes de Minorque en ne comptant que les gros bateaux. Ce qui est troublant c’est qu’aucun navire n’a eu vent des appels de détresse du navire qui pourtant possédait la T.S.F. Aucun navire ne les a retranscrit et aucun poste de la côte n’a rien entendu.
 

 

L’épave du MALAKOFF, la plus fameuse de Minorque, repose sur un fond sableux à une profondeur de 40 mètres. Le pont est environ à 32 mètres. Avec une longueur de 105 mètres, ce récif artificiel fournit sans aucun doute un site de plongée avec le plus de poissons de tout Minorque. Ici, on a la chance de plonger au milieu des barracudas, anguilles de mer, mérous et des poissons rares.
 
 
 

Texte : Agnès Quemper

Sources : Base Léonore. Gallica. Site internet : http://www.wrecksite.eu/ . Etat civil : Archives départementales des Côtes d’Armor.
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2 réflexions sur “Le naufrage du cargo MALAKOFF

  1. Bonjour Agnès, je suis très émue d'avoir trouvé votre blog et ce récit du naufrage du Malakoff, Louis Narcisse Quemper était mon arrière-grand'père.Dans la famille l'histoire est tout à fait différente. Mon grand'père Louis Quemper, et ses frères, Yves et Maurice, tous trois décédés ont été traumatisés par le naufrage de leurs parents et n'ont jamais voulu en parler. J'ai passé le weekend dernier à Paimpol et je me suis rendue sur la tombre de la famille Le Roy – Philippe, mais elle parait bien abandonnée. peut être avez-vous d'autres renseignements qui pourraient interesser ma mère, mes tantes et mes oncles. N'hésitez pas à m'écrire, merci encore et peut-être à bientôtMarianne Ranke-Cormiermariannerankecormier@gmail.com

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  2. Bonjour Marianne ! je suis heureuse de retrouver une « cousine ». J'ai connu Yves Quemper et sa maison en bretagne car j'allais à Loguivy chez mon grand-père Charles (cousin germain d'Yves Quemper) tout les étés. Je savais vaguement qu'il y avait eu un naufrage mais sans aucun détail; j'ai donc creusé et réussi à trouver les éléments moi-même; par contre pouvez vous me dire où se trouve la tombe Le Roy-Philippe au cimetière de Paimpol car je ne l'ai pas vue; j'y ai fait un tour cet été mais je ne l'ai pas trouvée. Je vais regarder si j'ai d'autres éléments à vous communiquer; je vous les enverrais sur votre messagerie. Merci en tout cas, je suis heureuse de pouvoir partager tout cela avec vous et les autres membres de la famille. A bientôt

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